Ce projet a été développé en collaboration avec l’organisme de vulgarisation scientifique ASTER situé à Saint-Louis-du-Ha!-Ha! au Témiscouata. Le centre a mis à ma disposition les installations de l’organisme : terrain, instruments d’observation et autres commodités. Le tout est rendu possible grâce à une bourse de recherche et création du CALQ obtenue dans le cadre de l’Entente territorial en lien avec la collectivité du Bas-St-Laurent.

Dans une époque saturée d’instantanéité et d’images jetables, ce projet propose un contrepoint radical : un éloge de la lenteur et une immersion dans la complexité de notre rapport à la nature. Ici, le paysage ne se laisse pas simplement capturer ; il s'imprègne, s’accumule et se sédimente au rythme des saisons. Ce n’est plus une photographie de l’instant, mais une photographie de la durée. À travers l’œil primitif du sténopé, le paysage se déleste de son réalisme documentaire pour glisser vers une atmosphère onirique, presque spectrale. Dans cette chambre noire dénuée d'optique, le temps ne se fige pas : il s'écoule à travers un simple trou d'épingle, transformant la lumière en une matière malléable. Les longs cycles temporels imprègnent la surface sensible, révélant que les flous ne sont pas des manques de précision, mais la preuve visuelle d'un monde en mutation. Le figurable s'y dissout dans l’évanescence, invitant l’image à ne plus dominer le paysage, mais à se laisser habiter par lui, acceptant l'imprévisibilité de la lumière et la précarité du support. Le temps de pose, étiré sur des jours ou des mois, permet à la lumière de se stratifier sur la surface sensible. Il s'instaure alors un dialogue sensible avec le figurable : le vent efface les détails, la réalité tangible se mue en apparitions fantomatiques. Ces paysages évanescents ne sont pas de simples représentations d'un lieu, mais des traces du passage du temps.  Ce qui apparaît à l'image devient la métaphore d’un monde en sursis, dont la présence physique semble s'effacer sous nos yeux, évoquant la fragilité de nos écosystèmes.
Au cœur de cette recherche, la matière photographique est triturée, explorée jusqu'à ses limites physiques. L’utilisation du papier photographique comme négatif apporte une rugosité unique. La texture du papier et les phénomènes optiques et chimiques semblent fusionner avec les éléments naturels. Les noirs profonds et les accidents chimiques confèrent aux images une texture organique, proche de l’écorce ou de la pierre. Cette imagerie révèle une nature puissante, sauvage et parfois sombre, qui échappe inexorablement à notre contrôle. Des caractéristiques qui ancre l'œuvre dans une esthétique du gothique contemporain, où la beauté côtoie l'inquiétude et le mystère. Face à la frénésie du monde actuel, ce corpus d’images dresse de véritables murs de silence. Déployées en grands formats, ces photographies quittent le statut de simple document pour devenir des surfaces immersives. Elles confrontent physiquement le spectateur à la densité du temps. Entre splendeur et mélancolie, cette imagerie nous place devant l'immensité de la nature tout en soulignant sa défaillance possible, son érosion. C’est une invitation à contempler la beauté d'un monde dont l'apparente permanence n'est qu'une illusion, et dont chaque empreinte photographique est un acte de mémoire, un dernier bastion contre l'impermanence.
 


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